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N° 147

Colombier, de la villa romaine au château.

2000 ans d’histoire monumentale

Histoire Archéologie

Le château de Colombier

Le site du château de Colombier est occupé sans discontinuité depuis près de 2'000 ans. Du Ier au IVe siècle, s’y élève en effet une villa gallo-romaine, composée d’une luxueuse partie résidentielle (pars urbana), à l’emplacement du château, et d’une partie agricole et artisanale (pars rustiqua) dont les vestiges sont situés sous le bourg. Agrandie à plusieurs reprises entre le IIe et le IVe siècle, la partie résidentielle avait l’aspect d’un véritable palais dont les nombreuses pièces étaient décorées de peintures murales et de mosaïques.

L’empire romain cède ensuite la place au royaume des Burgondes (400-532) et à leurs successeurs mérovingiens (532-751), carolingiens (751-888) et bourguignons (888-1033). Durant cette période, Colombier semble avoir constitué un siège aristocratique (curtis) proche du roi, accueillant en 938 le prestigieux mariage de la reine de Bourgogne Berthe et de sa fille Adélaïde avec les rois Hugues et Lothaire d'Italie.

Aux alentours de l’an Mil réside à Colombier le puissant Rodolphe, représentant régional des rois de Bourgogne et ancêtre des seigneurs de Colombier. Une partie des locaux de la villa sont encore utilisés, comme le montre la permanence des maçonneries, alors que d’autres ont été remplacés par de nouvelles constructions ou sont abandonnés. L’ensemble est encore organisé autour de la grande cour romaine.

Devenu le siège des seigneurs de Colombier, personnalités régionales importantes, la résidence est transformée en château-fort avec un réduit seigneurial, le donjon (à l’angle sud-ouest de la cour), composé d’une tour et de locaux d’habitations, précédé d’une cour – toujours la même – entourée de divers bâtiments protégés par une enceinte. Au XVe siècle, Antoine de Colombier lance d’importants travaux d’agrandissement et de modernisation du donjon, faisant disparaître presque entièrement l’ancienne tour au profit de la grande construction rectangulaire que l’on connaît aujourd’hui.

Au milieu du XVIe siècle, Jean-Jacques de Watteville, qui a hérité du château et de la seigneurie, rénove le « vieux-château ». Colombier devient le cœur d’un important et profitable domaine viticole. Racheté par le comte de Neuchâtel en 1564, le château abrite la résidence et les locaux de stockage du Receveur de Colombier. Des « appartements » sont parfois mis à disposition de personnages prestigieux, comme le prince Henri II d'Orléans-Longueville ou le fantasque gouverneur Georges, lord Keith, maréchal héréditaire d'Ecosse.

Au cours du XIXe siècle, le château renoue progressivement avec une fonction militaire. Il abrite brièvement un hôpital de campagne, avant de servir de caserne aux troupes neuchâteloises, puis aux soldats de l’armée suisse. Depuis 1877, le statut de place d’armes fédérale règle le quotidien du lieu et va marquer de ses profondes empreintes le site et son architecture.

Le château accueille un musée militaire depuis 1954 et renferme d’importantes œuvres du peintre Charles L’Eplattenier (1874-1946), chargé par le colonel Robert-Ferdinand Treytorrent de Loys (1857-1917) de décorer une salle pendant la guerre de 14-18. De 1915 à 1919, l’artiste-soldat entreprend ainsi la réalisation d’un immense ensemble peint qui illustre la mobilisation de 1914. Quelques années plus tard, entre 1934 et 1946, l’artiste poursuit son œuvre avec un second cycle traitant des origines de la Confédération.

Ce sont ces deux millénaires d’histoire architecturale que retrace le dernier numéro de la Nouvelle revue neuchâteloise.