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N° 150

William Ritter (1867-1955)

Amateur d'âmes – amateur d'art

Beaux-arts

William Ritter, amateur d’âmes – amateur d’art

En 1999, La Nouvelle revue neuchâteloise publiait un numéro consacré à William Ritter (1867-1955) au temps d’une autre Europe. Les fonds archivistiques conservés dans les bibliothèques neuchâteloises et à la Bibliothèque nationale suisse n’ont depuis cessé de susciter de fécondes recherches. Les Bibliothèques de La Chaux-de-Fonds, de Neuchâtel et l’Association Maison blanche se sont unies pour en présenter les résultats sous la forme de deux expositions sur trois sites. Ce nouveau volume en reprend le propos, contribuant, grâce à une approche interdisciplinaire, à appréhender le destin exceptionnel de cette personnalité neuchâteloise hors du commun.

Dans un texte évoquant le travail de Charles-Edouard Jeanneret, futur Le Corbusier, William Ritter se définit lui-même comme « Amateur d’âmes et amateur d’art » (Mes relations avec les artistes suisses, ALS XIV.7).

L’homme se fait connaître autour de 1900 pour sa passion de l’Europe centrale, à travers ses contributions de critique d’art et de musique. Tour à tour chroniqueur, essayiste, romancier, il laisse une œuvre aussi abondante qu’originale. Esthète de la fin-de-siècle, Ritter affiche ouvertement son homosexualité. « Amis, aimés, émules » : ainsi qualifie-t-il les trois garçons avec lesquels il vécut. Ritter les traite en jeunes hommes qu’il lui revient d’éduquer, au sens antique du terme, et de former au goût du beau, à la pratique de l’écriture et des arts.

Lui-même s’adonnait au dessin et à la photographie en amateur. Intéressé surtout par les scènes de la vie intime, ses archives personnelles comptent des centaines d’œuvres empreintes d’érotisme suggéré ou explicite.

La contribution de Xavier Galmiche présente pour la première fois cette partie méconnue de la documentation et donne une clé d’interprétation indispensable pour comprendre la trajectoire hors normes de Ritter et ses aboutissants.

Parmi les rencontres qui marquèrent sa vie, Ritter tissa des liens privilégiés avec le jeune Charles-Edouard Jeanneret, futur le Corbusier. C’est à Munich, où il était venu étudier l’enseignement des arts décoratifs, les techniques de construction et l’urbanisme que Jeanneret fit sa connaissance en 1910. A l’occasion du fameux Voyage d’Orient (1911), Ritter lui enseigna, dans le cadre de leurs échanges épistolaires, la discipline de l’écriture et l’encouragea à publier le récit illustré de son voyage. La différence d’âge et d’origine sociale n’empêcha pas les deux hommes de développer une fidèle amitié réciproque, qui se poursuivra jusqu’à la mort de l’écrivain en 1955. C’est cette relation que Marie-Jeanne Dumont invite à découvrir à travers l’étude de leurs « dessins croisés ».

Céline Eliseev-Conus dévoile quant à elle l’univers musical de Ritter, autre domaine de prédilection du pédagogue et du critique, mais surtout d’un précurseur à l’intuition prophétique.

Pour achever ce panorama, Elisabeth Crettaz-Stürzel évoque le lien avec le célèbre peintre symboliste polonais Jozef Mehoffer, auteur notamment des vitraux de la cathédrale de Fribourg.

Les nombreuses illustrations, soigneusement sélectionnées par les auteurs, sont pour beaucoup d'entre elles inédites. Les œuvres de Ritter proviennent pour l'essentiel de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds et de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel. Les deux institutions patrimoniales neuchâteloises sont particulièrement heureuses de les sortir de leurs réserves pour les faire découvrir, ensemble, aux lecteurs de la NRN.