d’après le journal d’Abram-Louis Sandoz
Histoire Biographie
Cahier 169-170, 2026 de la Nouvelle Revue neuchâteloise
Exposition temporaire des Moulins souterrains 8 février-22 novembre 2026
Conseillé et encouragé par George Keith, dit Milord Maréchal, le gouverneur de la Principauté de Neuchâtel, Pierre Jaquet-Droz (1721-1790), un talentueux horloger chaux-de-fonnier, jouissant déjà d’une solide réputation en Suisse et à l’étranger, décide en 1758, de se rendre Madrid pour présenter au roi Ferdinand VI, amateur de pendules, quelques-unes de ses meilleures créations. Il emporte avec lui six pièces exceptionnelles. Cinq sont destinées au roi, dont la célèbre pendule du berger, la sixième est destinée à Don Jacinto Jover, un seigneur espagnol auquel le gouverneur a recommandé Jaquet Droz et ses compagnons. Car Jaquet-Droz ne part pas seul, il entreprend ce voyage avec son beau-père, Abram-Louis Sandoz (1712-1766), et un de ses ouvriers, Jacques Gevril.
Partis de La Chaux-de-Fonds le 4 avril 1758, les trois Montagnons atteindront Madrid le 22 mai. Un exploit sur des routes de fortune, avec les moyens rudimentaires de l’époque. A Madrid, ils sont logés et nourris par Don Jover. Cependant, Jaquet-Droz devra attendre de longs mois avant de pouvoir conclure son affaire. Le 4 septembre, le roi consent enfin à voir les pendules. Le monarque, son favori, le chanteur Farinelli, et toute la cour passent des heures à admirer ces créations.
Le 23 novembre, Jaquet-Droz reçoit 2000 pistoles pour les cinq pendules, somme représentant la valeur de trois grandes fermes neuchâteloises. Le 20 mars 1759, les deux hommes sont de retour à La Chaux-de-Fonds. Cette incroyable expédition nous est connue grâce à un document exceptionnel : le journal de voyage tenu par Abram-Louis Sandoz, conservé à la Bibliothèque de la Ville de la Chaux-de-Fonds.
Né le 26 mars 1712, à La Chaux-de-Fonds, Abram-Louis Sandoz est issu d’un milieu modeste d’agriculteurs. Après un apprentissage en orfèvrerie, il décide de se consacrer à l’agriculture et à l’élevage. Marié avec Anne-Marie Robert qui lui donne six enfants, dont l’aînée épousera Pierre Jaquet-Droz, il s’enrichit rapidement dans le commerce du bétail. Il s’engage très tôt dans sa communauté : juge en renfort en 1744, justicier, bourgeois de Valangin, il devient rapidement un notable dans les Montagnes. C’est aussi un homme de plume, qui tient son journal depuis 1737. Pour le voyage en Espagne, il se munit de matériel pour écrire, soit de papier, d’encre et de plumes serrés apparemment dans une écritoire. Par contre, il fabrique son encre lui-même. Dans son son journal, il mentionne ce nécessaire à écrire et donne des recettes pour la fabrication de l’encre.